Comment l’apnée du sommeil peut mettre en danger les conducteurs de parc de véhicules d’entreprise

Imaginez avoir à conduire votre véhicule pendant 13 heures par jour, circulant sur d’innombrables kilomètres d’autoroutes. 

Maintenant, imaginez ce trajet après une nuit de sommeil agité.  Vous seriez somnolent et un peu moins alerte peut-être sur ce qui se passe autour de vous. C’est une pensée effrayante. Mais pour certains conducteurs de flotte de véhicules d’entreprise, c’est leur réalité quotidienne.

Selon une étude commanditée par la U.S. Federal Motor Carrier Safety Administration (FMCSA), presque un tiers (28 %) de tous les conducteurs américains de camions commerciaux souffrent d’apnée du sommeil, de légère à modérée. L’apnée du sommeil est un trouble respiratoire qui se caractérise par une perturbation de la respiration qui interrompt le sommeil d’une personne.  L’Agence de la santé publique du Canada affirme que ces perturbations durent environ 10 à 30 secondes et à chaque perturbation, la personne affectée se réveille momentanément pour reprendre sa respiration.  Mais puisqu’elles ne se réveillent pas complètement, les personnes aux prises avec l’apnée du sommeil ne s’en souviennent pas.  Ce cycle se répète tout au long de la nuit, et au matin, les personnes affectées se sentent fatiguées puisque leur sommeil a été interrompu de façon continue.  

Sensibilisation aux risques

Il est facile de concevoir pourquoi l’apnée du sommeil constitue un problème. Mais Mandip Hullait, directrice de l’assurance automobile, de l’assurance des entreprises et des assurances spécialisées nationales et internationales de la RSA du Canada, affirme que plusieurs ne sont pas conscients du danger.  Elle déclare : « Nous devons sensibiliser les propriétaires d’entreprise aux conséquences liées à l’apnée du sommeil puisque cela les touche directement.»

« Si [les conducteurs ne] dorment pas un nombre suffisant d’heures par nuit, alors cela affectera [leur]niveau de vigilance durant le jour.  Cela affectera aussi leur capacité à se concentrer », dit-elle. « Notamment avec les camions lourds, cela devient de plus en plus problématique à cause des renversements de cargaison potentiels ou des risques de collisions plus élevés avec des véhicules plus légers.»

Sans oublier que les conducteurs somnolents représentent un danger pour eux-mêmes.  « Cela met également en danger la vie des conducteurs. Ils ne peuvent réagir rapidement aux incidents liés à la conduite », affirme Hullait. « Même sur de courtes distances, les conducteurs souffrant d’apnée du sommeil ne réagissent pas aux situations de la même façon que ceux qui n’en souffrent pas.»

Et si un conducteur est impliqué dans un accident, les conséquences pourraient se répercuter à l’échelle de l’entreprise.  En plus d’avoir un employé blessé et un véhicule endommagé, le propriétaire de la flotte pourrait également subir des pertes d’exploitation, se soldant par des dépenses supplémentaires et des coûts plus élevés d’assurance », affirme Hullait. 

Relever le défi 

Alors comment les propriétaires de parcs peuvent-ils atténuer ce risque? En premier lieu, ils doivent porter attention aux signes avant-coureurs. Si l’indice de masse corporelle d’une personne est de 25 ou plus, si elle fume, si elle est de sexe masculin ou âgée de plus de 40 ans, alors le risque est plus élevé de souffrir d’apnée du sommeil.  Hullait affirme que les personnes âgées de 40 ans et plus représentent le « le groupe d’âge de conducteur de camion typique » et, compte tenu de la nature même de l’emploi, plusieurs conducteurs sont sujets à l’embonpoint.  

Reconnaissant ce fait, Hullait déclare que des tests pour l’apnée du sommeil devraient faire partie d’un programme de gestion de la sécurité des conducteurs d’un propriétaire de flotte.  

Au moment d’embaucher de nouveaux conducteurs, ou lors des tests de conduite annuels, les propriétaires de flotte devraient vérifier si les conducteurs ont subi des tests pour l’apnée du sommeil.  Et si les conducteurs ont un diagnostic d’apnée du sommeil, il existe des solutions.  À titre d’exemple, on peut utiliser un appareil de pression positive continue (PPC) pour aider les dormeurs à respirer de façon régulière leur procurant ainsi un sommeil plus réparateur. 

En fait, affirme Hullait, la sécurité du conducteur repose sur son état de vigilance. Et voici où les assureurs et les courtiers peuvent jouer un rôle important. « Premièrement, il incombe aux assureurs de préconiser la sécurité routière et la vigilance, et c’est ce que [la RSA] fait », ajoute Hullait.  « Puis les courtiers doivent à leur tour renforcer la sécurité routière et la sensibilisation auprès de leurs clients. Dans ce cas, c’est aussi simple que de s’assurer que les conducteurs sont examinés pour ce trouble lors du processus d’embauche et de surveillance, notamment s’ils font partie du groupe à risque plus élevé.»