Risques multidimensionnels

Les courtiers peuvent aider à planifier les efforts de sécurité des parcs de véhicules et à permettre aux conducteurs de rester concentrés sur la route.

La distraction au volant n’est pas une préoccupation nouvelle pour les exploitants de parcs de véhicules et les assureurs. Mais les taux d’accidents et le rythme des progrès technologiques ont ajouté de nouvelles dimensions à ce problème. La Base nationale de données sur les collisions de Transports Canada indique que le nombre d’accidents mortels liés à la distraction a augmenté de 17 % entre 2006 et 2010; et en 2013, la Police provinciale de l’Ontario (PPO) a signalé que les distractions au volant ont causé plus d’accidents dans la province que la conduite avec facultés affaiblies.

Même les mesures destinées à aider les conducteurs peuvent favoriser la distraction à bord. Les téléphones mains libres ou les systèmes Bluetooth sont tout aussi problématiques. « Une législation favorisant les [appareils] mains libres pourrait favoriser une plus grande utilisation des téléphones et augmenter l’exposition à d’autres risques potentiels », note Brian Andres, spécialiste des parcs de véhicules à la RSA du Canada. Et ce n’est pas tout : Les systèmes GPS sont communs dans les parcs de véhicules, sous forme de tablettes montées qui permettent aux conducteurs de vérifier leurs destinations et les détails de la marchandise. Ces mises à jour sont nécessaires, mais Gordon Spafford, vice-président et associé principal chez HUB International HKMB, s’interroge : « les conducteurs se garent-ils lorsqu’ils les consultent? Je l’espère, mais je ne suis pas sûr que ce soit le cas.»
 

Défier la distraction

Paul Mountain se méfie des autres conducteurs. Il a vu des gens qui envoient des textos, mangent et lisent même le journal au volant. Ces situations sont des rappels des normes plus élevées qu’il exige pour son propre parc de véhicules. Les conducteurs de Niagara Airbus, où M. Mountain est vice-président, font monter leurs passagers aux aéroports de Toronto et de Buffalo, et il est déterminé à faire en sorte qu’ils ne deviennent pas des conducteurs distraits. « Notre plus grande inquiétude concerne les autres véhicules sur la route.»

Cette préoccupation est bien ancrée chez M. Mountain, d’autres exploitants de parcs de véhicules et leurs partenaires d’assurance alors qu’ils examinent les nouveaux risques et les questions de responsabilité civile qu’entraîne l’utilisation des derniers téléphones intelligents, des tablettes et des autres appareils dans les véhicules. « Nous examinons toujours les exigences en matière de responsabilité civile et de coûts », dit-il. Bien que les tendances et les technologies menacent de surpasser les efforts déployés en matière de sécurité routière, des moyens existent pour les deux parties de devancer les risques routiers associés à la distraction. En tirant parti des partenariats et de la mise en commun des ressources, les parcs de véhicules, leurs assureurs et leurs courtiers peuvent aider les conducteurs à garder le cap.
 

Barrières de sécurité

Certains des plus grands défis résident au sein même des parcs de véhicules. « Les accidents majeurs, comme celui qui a gravement endommagé le pont Skyway en Ontario en août, soulèvent des questions sur la formation du conducteur impliqué », dit Mandip Hullait, vice-présidente adjointe de l’assurance automobile de la RSA du Canada.

« Si un employeur ne dispose pas d’un processus de [formation sur la sécurité], nous souhaitons le savoir dès le début », dit-elle. « Cette situation aura un impact sur la garantie que nous sommes prêts à fournir, le cas échéant, et son tarif.»

Bien que la majorité des parcs de véhicules aient accentué les efforts d’atténuation (71 % des employeurs ayant des parcs de véhicules disposent de politiques sur la sécurité axées sur la distraction au volant, selon un sondage d’Aegis Mobility auprès des gestionnaires de risques de parcs de véhicules en 2013), ils s’inquiètent tout de même des résultats. Le sondage a révélé que seulement 32 % d’entre eux sont convaincus que les politiques internes sont efficaces. 

« Les petits parcs de véhicules peuvent aussi être réticents à accepter ces programmes en raison du fardeau associé à la réglementation et à la formation », souligne Mme Hullait. Alors que les grandes entreprises ont des gestionnaires de risques ou des chefs de la sécurité spécialisés, une entreprise familiale « ne peut pas s’offrir ce luxe », souligne-t-elle. « Pour les petits parcs de véhicules, où une seule personne doit tout faire, il est difficile d’apporter des changements.» 

« Parfois, les exploitants de parcs de véhicules sont réticents à partager les processus de sécurité qu’ils ont ou n’ont pas mis en place avec un partenaire d’assurance », ajoute-t-elle. « Ils pensent que s’ils ne disent pas ce qu’il faut, leurs primes vont augmenter.»

Mme Hullait exhorte les courtiers à profiter des relations qu’ils entretiennent avec leurs clients pour vérifier l’état des programmes de formation et d’autres procédures en matière de sécurité, et les améliorer. « Il s’agit du premier point de contact et les courtiers devraient avoir un impact énorme sur eux.» 
 

Atténuation significative

Comment les courtiers peuvent-ils avoir un impact significatif? M. Spafford se concentre à parfaire les mécanismes d’atténuation. « En tant que courtier, la dernière chose que vous voulez est que votre client fasse l’objet d’un sinistre important », dit-il. « Il augmente leur ratio sinistres/primes et leurs primes augmentent.»

« Tout d’abord, les courtiers doivent s’assurer que les exploitants et les conducteurs respectent les pratiques qu’ils ont mises en place », dit Mme Hullait. « Vérifiez qu’ils font bien ce qu’ils disent qu’ils font. Vous devez examiner les politiques et les manuels du conducteur, en vous assurant qu’ils forment leurs conducteurs comme ils devraient le faire.»

M. Spafford se penche de plus près sur les conducteurs, aussi, en examinant leurs rapports pour détecter les dossiers problématiques. « Ce sont ces dossiers que je montre au gestionnaire du parc de véhicules », dit-il. « [Je leur dis :] « Parmi vos 60 conducteurs, 10 d’entre eux ont déjà eu des contraventions en raison de la distraction au volant.» 

Il vante le service de prévention des pertes de HUB qui fournit de l’aide supplémentaire avec des programmes personnalisés et lui permet de présenter aux clients des programmes de formation et des méthodes en matière de sécurité. « Il s’agit d’un processus d’éducation. Les propriétaires de parcs de véhicules doivent prendre du recul et recueillir toutes les informations possibles auprès des responsables de la sécurité des parcs de véhicules, et mettre sur pied des séminaires pour leurs conducteurs », dit M. Spafford. « [Nous] essayons toujours de trouver des ressources ou des outils.» 
 

La règle du renforcement

« Les programmes de sécurité doivent être continus », souligne-t-il. « Vous ne pouvez pas le faire une seule fois seulement. » Il souligne également que les pratiques doivent être réalistes : « on ne peut pas réprimander ceux qui suivent le programme. Par exemple, un conducteur pourrait être en retard parce qu’il a dû attendre pour garer son véhicule en toute sécurité. Les entreprises doivent faire preuve d’un sens du compromis.»

« Ils ont également besoin de renforcement », ajoute Rob Rivait, président du RNR Patient Transfer Services Inc. « Si vous venez d’instaurer une politique, mais n’effectuez aucun suivi, vous vous exposez à des problèmes », dit-il. Dans son parc de véhicules, qui transporte des patients et des étudiants ayant des besoins spéciaux, les superviseurs sont chargés de renforcer les règles et de donner l’exemple (voir encadré 1). « À mesure que [les employés] s’habituent aux règles de base, ils les acceptent et comprennent leur raison d’être.»

« Le renforcement est crucial », dit M. Andres, qui souligne que le manque ou l’absence de suivi « pourrait exposer une entreprise à une plus grande responsabilité que si elle n’avait pas de politique du tout ». Ses suggestions : une formation mieux ciblée, l’observation de la route, et même des simulations de distractions au volant, « afin que les conducteurs comprennent mieux les dangers et les conséquences». 

Les assureurs et les exploitants de parcs de véhicules ont trouvé des méthodes supplémentaires, ironiquement, grâce à la technologie. « La télématique peut offrir un soutien critique », note Mme Hullait. « Les parcs de véhicules équipés de dispositifs télématiques qui peuvent lire et transmettre des données sur la vitesse et d’autres comportements de conduite peuvent relater des signes de distraction au volant, comme un freinage brusque », dit-elle. 

« Cette information est une mine d’or », note M. Mountain. « [Les assureurs] en savent plus sur leur parc de véhicules et les deux parties peuvent en profiter », dit-il. « Nous collaborons vraiment et nous nous entraidons pour nous assurer que tout le monde est sur la même longueur d’onde en ce qui concerne la sécurité et les procédures.»

Les solutions de haute technologie peuvent soutenir différemment les efforts de sécurité des parcs de véhicules. L’entreprise de M. Rivait utilise la supervision virtuelle pour les conducteurs seuls qui conduisent des écoliers ou des personnes en fauteuil roulant. Grâce à une connexion aux systèmes GPS des véhicules, le siège social peut observer la trajectoire des conducteurs, et vérifier l’horaire sans un seul appel téléphonique. « Nous utilisons un peu de technologie pour combattre les problèmes technologiques », dit-il.
 

Garder le cap

Même les parcs de véhicules ayant des programmes de sécurité robustes examinent les questions de responsabilité civile. 

Plusieurs accidents liés à la distraction ont mis le fardeau de la responsabilité civile sur l’employeur du conducteur, même si l’accident s’est produit après les heures de travail. « Les employeurs peuvent être tenus responsables même s’ils permettent à leurs conducteurs ou à leurs employés d’utiliser des dispositifs tout en conduisant un véhicule de la société ou même un véhicule privé s’ils effectuent du travail pour la société », prévient M. Andres. 

C’est quelque chose dont M. Mountain est bien conscient. « Nous nous inquiétons de la hausse des frais en raison de problèmes de responsabilité civile », dit-il.

« Au milieu de ces changements, la meilleure pratique d’un exploitant de parcs de véhicules est de maintenir le cap en employant des pratiques saines », dit M. Spafford. Il se souvient d’une rencontre fortuite avec l’un des camions de son client sur la route. Il avait travaillé en étroite collaboration avec l’entreprise, qui avait une formation périodique sur la sécurité et des règles strictes sur l’utilisation du téléphone cellulaire. Et, à en juger par le comportement du conducteur, ces mesures ont porté des fruits. 

« Un conducteur inexpérimenté n’aurait pas si bien réussi, et aurait risqué plus qu’une mauvaise impression », indique-t-il. « Lorsque vous êtes au volant dans la région du Grand Toronto, il y a tellement de trafic et de construction que vous avez souvent à vous arrêter en un millième de seconde  Si vous ne faites pas réellement attention, c’est le moment où [un accident] se produit.»
 

Étude de cas : RNR Patient Transfer Services

Les conducteurs de parc de véhicules de Rob Rivait suivent des procédures strictes lorsqu’ils transportent des patients et des étudiants aux besoins spéciaux à travers le centre de l’Ontario. « Auparavant, la fatigue était le [problème] », dit M. Rivait, président de RNR Patient Transfer Services Inc. Maintenant, l’accent est mis sur les téléphones cellulaires.» 

Sur la route :

Les conducteurs travaillent à deux, et ceux qui sont derrière le volant ne sont pas autorisés à toucher les téléphones portables de l’entreprise ni même à les sortir pendant que les patients sont à bord. S’ils doivent faire un appel, le partenaire qui ne conduit pas fait donc l’appel lorsque leur véhicule est arrêté. Les conducteurs seuls qui conduisent les véhicules de transport roulant n’ont même pas de téléphones, ils utilisent la radio bidirectionnelle. 

Politiques en matière de sécurité :

« Avant la mise en place des nouvelles lois, nous avons reconnu que nous devions renforcer nos politiques et les surveiller », dit M. Rivait. Les téléphones portables de la société ne sont jamais utilisés pour un usage personnel et l’entreprise surveille les journaux des appels pour en assurer la conformité à cette politique. « Notre chargement est vraiment précieuse », dit M. Rivait à propos de ces règles strictes. La société assure également le suivi grâce à des contrôles ponctuels, à la formation et aux bulletins d’information qui rappellent aux conducteurs les règles et les risques associés à l’utilisation des cellulaires. Toutes ces mesures de sécurité sont appliquées, et les conséquences appliquées à ceux qui les enfreignent sont claires (allant d’inscriptions dans le dossier de l’employé à la suspension). 

Gestion du risque :

Puisque la menace du risque est présente tous les jours, la création et le maintien d’une stratégie de sécurité comme celle de RNR Patient Transfer Services et de Niagara Airbus n’est pas une tâche facile. La RSA a adopté une approche proactive pour s’assurer que ses clients ayant des parcs de véhicules disposent d’un programme de sécurité pertinent pour réduire les collisions et ainsi réduire les coûts d’assurance. Les courtiers et leurs clients peuvent tirer parti de l’expertise d’une équipe spécialisée de gestion des risques, qui peut vous aider à reconnaître les problèmes avant qu’ils ne surviennent. Ses experts peuvent aider à mettre en œuvre des programmes de sécurité qui sont conçus pour protéger et développer les affaires.

Étude de cas : Niagara Airbus

« Niagara Airbus a toujours mis en place des programmes de sécurité, mais la popularité grandissante des téléphones cellulaires a incité certaines révisions majeures de la politique il y a une décennie », dit Paul Mountain, vice-président de la société. « Quand ils sont devenus vraiment populaires, nous avons dû en tenir compte.»

Sur la route :

Aucun des conducteurs de Niagara n’utilise des téléphones cellulaires ou Bluetooth. Ils utilisent plutôt la radio bidirectionnelle pour un bref contact avec le siège social pour discuter des destinations et de l’horaire. « Ce mode de communication est efficace, et moins enclin aux longues conversations ou à la distraction », souligne M. Mountain. 

Politiques en matière de sécurité :

Sa compagnie a ajouté un composant axé sur la distraction à sa formation sur la sécurité, tient des réunions périodiques sur la sécurité et associe les primes aux dossiers de conduite et à la participation aux réunions. « La formation sur la sécurité est comme tout autre cours, les employés doivent être formés adéquatement pour faire ce travail », dit M. Mountain. S’ils doivent livrer des marchandises, ils doivent savoir où garer le camion, et, s’ils transportent des gens, ils doivent connaître la destination. C’est le même principe.»